"Notre civilisation a deux mille ans, c'est honorable pour un trépas" - Entretien avec le Figaro

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LE FIGARO. - Décadence, le deuxième volet de votre Brève Encyclopédie du monde, retrace la naissance, l'apogée puis la fin de la civilisation judéo-chrétienne. Ce n'est, à vous lire, ni une satisfaction ni un malheur mais un fait. À quelle date faire remonter le début de cette décadence ?

Michel ONFRAY. - Dès qu'un enfant naît, il est assez vieux pour mourir. Mon schéma est vitaliste, il suppose qu'à la manière d'un volcan ou des plaques tectoniques qui disposent d'une vie propre, il y a une vie des civilisations. Cette vie peut se trouver interrompue par un événement, celui qui fait qu'un être meurt en bas âge ou, plus tard, à l'âge de raison, sinon, qu'il périt centenaire. Le philosophe et médecin vitaliste Bichat définit la vie comme « l'ensemble des forces qui résistent à la mort » . Une civilisation, je vais vous dire une vérité de La Palice, vit tant qu'elle résiste à ce qui veut sa mort. Affaiblie, un jour, elle ne peut plus résister, alors elle meurt. L'affaiblissement, s'il concerne un corps chétif et malingre, peut emporter vite. Mais il peut aussi avoir raison d'un corps puissant et robuste, c'est alors plus long. Notre civilisation a deux mille ans, c'est honorable pour un trépas.

En ce qui concerne notre civilisation, la raison sert à justifier la foi pendant mille ans - pour aller vite. Des Pères de l'Église à la scolastique. Arrive un moment où la raison ne travaille plus en faveur de la foi, comme jadis chez Augustin ou Thomas d'Aquin, mais en faveur de ce qui la met en doute, la critique, à ce qui en examine les raisons et les fondements historiques. La Renaissance est ce moment en général. Je dirai, pour être plus précis, que le début de la fin commence en particulier avec la découverte...

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