Cultiver son jardin

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Quand j’étais en Terminale, j’avais un ami avec lequel je formais un binôme un peu voulu par notre professeur de philosophie : il était Voltaire, j’étais Rousseau ; il aurait voté Giscard, j’aurais voté Mitterrand ; il croyait la nature humaine foncièrement mauvaise, je pensais que nous naissions vierges de tout et que la société faisait ce que nous devenions ; il vendait des copies doubles à ceux qui n’en avaient pas avant l’interrogation, je portais une veste kaki avec des trous ; il adorait Candide, je venais de découvrir Qu'est ce que la propriété ? Proudhon m’emballait ; il était riant, j’étais ombrageux ; il était généreux avec moi le fils de pauvre, j’étais étonné que la gauche n’ait pas le monopole du cœur ; il est devenu liquidateur de biens, je suis ce que l’on sait. Nous sommes restés amis.

Je pensais à lui hier soir en arrosant mes fleurs. À lui et à cette phrase de Voltaire qu’il citait souvent : « Il faut cultiver son jardin », une invitation que je récusais avec fougue parce que j’y voyais le prototype de l’égocentrisme petit-bourgeois, de l’égoïsme apolitique, de l’individualisme insoucieux d’autrui et du monde – tralala-tralalère… J’ai acheté une maison dans mon village natal pour être près de mon père, qui n’est plus, et proche du monde de mon enfance – l’église, le château médiéval, la rivière, le lavoir, la poste, l’école, le monument aux morts, les maisons des commerces disparus, l’âme des morts que je n’oublie pas, la voûte étoilée. C’est une maison proustienne. Elle est à moins d’un quart d’heure d’Argentan. C’est mon recours aux forêts portatif. Il m’est venu qu’on pouvait penser autrement cette phrase célèbre de Candide : car arroser, c’est méditer, tailler, c’est méditer, arracher, c’est méditer, planter, c’est méditer. Je ne constate jamais les progrès de...

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